À l’aube des forêts berrichonnes : entre ombre et lumière

Entre le lever du brouillard et les premiers éclats de soleil, il n’est pas rare d’apercevoir, à la lisière d’un sous-bois, la silhouette furtive d’un chevreuil ou la masse trapue d’un sanglier. Mais pour beaucoup, ces rencontres se résument à des légendes rapportées au coin d’une table. Pourtant, le Pays de Bourges, traversé par une mosaïque de forêts, de haies et d’étangs, offre un terrain de jeu privilégié pour l’observation de ces animaux emblématiques. Quelles zones privilégier ? À quels moments ? Et quelles précautions ? Voici nos pistes, expériences sur le terrain et anecdotes recueillies auprès de naturalistes et habitants.

Chevreuils et sangliers : portraits croisés

  • Le chevreuil (Capreolus capreolus) : Plus petit cervidé d’Europe, haut sur pattes, il se reconnaît à son pelage brun-roux en été, plus gris l’hiver. Surtout crépusculaire, c’est un animal discret, mais curieux. Sa population est en expansion sur le territoire, grâce à une grande capacité d’adaptation. En France, l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage) recense près de 1,5 million d’individus (source : ONCFS, OFB).
  • Le sanglier (Sus scrofa) : Massif, le museau fouisseur, la démarche lourde mais vive s’il le faut. Surnommé « le laboureur des bois », il a conquis aussi bien les forêts denses que les champs cultivés. Sa présence a doublé en 30 ans, dépassant aujourd'hui les 2 millions d’individus en France (source : France Inter, 2023).

Où les voir dans le Pays de Bourges ? Nos terrains favoris

Forêt d’Allogny

Fief historique des grands mammifères au nord de Bourges, la forêt domaniale d’Allogny déploie plus de 3 000 hectares. Ses larges allées de chênes et de charmes favorisent la discrétion des chevreuils, qui sortent parfois des taillis tôt le matin ou au crépuscule. Les clairières autour de la « Route Ronde » sont réputées auprès des habitués et photographes.

Le massif de Vierzon

À l’ouest, les forêts de Vierzon (Bois d’Yèvre, Bois de Saint-Outrille) sont parmi les plus riches en sangliers : la proximité d’espaces agricoles leur permet de varier facilement leur alimentation. Les chasseurs locaux (Fédération Départementale des Chasseurs du Cher) signalent d’importantes « compagnies » familiales repérées dans ces massifs, et la présence de zones boueuses où ils se roulent volontiers (« souilles »).

La vallée de l’Auron et de l’Yèvre

Moins boisées, ces vallées accueillent les chevreuils dans les prairies et lisières. Près de Plaimpied-Givaudins, entre étangs et champs, les rencontres sont fréquentes. Après la moisson, on peut croiser des groupes de femelles avec leurs faons explorant les chaumes à la tombée du jour.

Le bocage entre Trouy et Soye-en-Septaine

Ici, haies vives et petites parcelles forment des couloirs de circulation parfaits pour le gibier. Les chevreuils affectionnent tout particulièrement les bordures de routes peu fréquentées, attention donc lors des déplacements tôt le matin ou à la tombée de la nuit.

Quand tenter l’observation ?

  • À l’aube : Avant le lever du soleil, les animaux cherchent leur première ration dans les clairières ou lisières.
  • Au crépuscule : Fin de journée, ils reprennent leur quête alimentaire, plus en confiance, surtout si la météo est couverte ou légère pluie.
  • Périodes-clés :
    • Pour le chevreuil, le rut entre mi-juillet et mi-août : cette période d’activité intense les rend parfois inattentifs.
    • Pour le sanglier : fin d’automne et hiver, pendant les grands mouvements alimentaires et la recherche de glands ou de maïs.

Comment les approcher sans les déranger ?

  • Adopter la tenue adéquate : Vêtements sobres, tons neutres, pas de parfum fort.
  • Se positionner contre le vent : Leur odorat est redoutable, à plus de 200m le chevreuil repère un humain.
  • Marcher lentement, faire des pauses : Les mouvements saccadés attirent l’attention. Il vaut mieux s’asseoir et attendre que de traverser bruyamment un sous-bois.
  • Utiliser les sentiers existants : Pour limiter l’impact sur les habitats et éviter de se perdre.
  • Se munir de jumelles : L’observation à distance reste la plus respectueuse et offre souvent de belles surprises.

Précautions et respect de la faune

  • Ne pas s’approcher des petits : Surtout chez le chevreuil. Une mère repousse parfois un faon manipulé par l’homme à cause de l’odeur humaine.
  • Rester silencieux et discret : Pas de cris ni d’appels, limiter l’usage du smartphone.
  • Être attentif à la période de chasse : De septembre à fin février dans le Cher (consultez le calendrier : chasse-cher.com). Portez une tenue visible hors sentier forestier pendant ces mois.
  • Respecter la réglementation locale : Certaines zones peuvent être privées ou interdites à la circulation. Privilégiez les forêts publiques.
  • Ne pas nourrir les animaux : Même si la tentation existe, cela perturbe leur équilibre.

Chiffres, traces et anecdotes : ce que la nature raconte

  • Empreintes : Chevreuil : deux sabots fins, forme de V de 4 à 5cm. Sanglier : empreinte plus large (5 à 8cm), souvent accompagnée de traces de groin fouisseur.
  • Population locale : Le Cher recense plus de 6 000 chevreuils prélevés chaque année à la chasse et environ 3 500 sangliers, reflet d’une population très dynamique (source : Fédération chasse Cher 2022).
  • Anecdote : Selon un ancien garde forestier du massif d’Allogny, il arrive qu’en hiver, sangliers et chevreuils soient observés proches, profitant l’un de la fouille du sol par le sanglier pour glaner glands et faînes mis au jour.
  • Collision animale : Entre 2018 et 2021, la région Centre-Val de Loire a enregistré plus de 900 collisions véhicules/chevreuils par an (source : Prefecture Centre-Val de Loire), une statistique qui traduit l’augmentation de leur présence près des axes routiers.

Partir avec les bonnes adresses

  • Balades guidées “Nature et Découverte” : La LPO du Cher organise chaque printemps et automne des sorties d’observation animées par des ornithologues-naturalistes (plus d’infos : cher.lpo.fr). Les sangliers sont rarement loin lors des sorties nocturnes.
  • Associations locales de randonnée : Certaines (comme “Chemins de Traverse”, à Saint-Germain-du-Puy) proposent des parcours tôt le matin, avec initiation à la lecture des traces et indices de faune.
  • Gîtes-découverte : Plusieurs structures rurales autour de Berry-Bouy ou Mehun-sur-Yèvre accueillent des photographes pour des séjours “affût” en lisière de forêt.

L’inattendu à portée de pas

Observer un chevreuil bondir d’une haie ou croiser la trace nocturne d’un sanglier, c’est renouer avec cette part de sauvagerie qui habite nos campagnes. À chaque sortie, le Pays de Bourges réserve sa dose de suspense, de patience aussi, mais surtout de respect. L’essentiel n’est pas seulement dans la rencontre, mais dans la conscience renouvelée que ce territoire reste vivant, mouvant, tissé de toutes les bêtes visibles… et invisibles. Pour celles et ceux qui arpentent ces chemins, regarder, écouter, apprendre, c’est déjà vivre un peu plus intensément le territoire. Nos paysages se racontent mieux avec leurs habitants : à nous de veiller à ce que la magie demeure.

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