Les pistes cyclables, observatoires ouverts sur la biodiversité

Dans la région de Bourges, près de 215 km de pistes cyclables serpentent à travers des paysages variés : forêts de Sologne, rives du canal de Berry, plaines viticoles ou bocages du Berry. Si ces voies sont souvent vantées pour leur attrait sportif ou touristique, elles ont aussi une autre vertu : elles permettent d’observer, quasiment sans filtre, une incroyable diversité de plantes, d’animaux, d’insectes et d’oiseaux. Pédaler, c’est freiner le temps – et dans le calme du deux-roues, voir ce qui, en voiture, disparaît dans le flou.

L’association Départementale pour la Nature et l’Environnement du Cher (ADEN43) recense pas moins de 1 100 espèces végétales dans notre département et plus de 250 espèces d’oiseaux observables en biclou¹. On vous emmène – sans surenchère, mais avec enthousiasme – sur les voies qui dévoilent le mieux cette richesse.

¹ Sources : Fédération France Nature Environnement Centre-Val de Loire

Itinéraires phares : où pédaler pour s’émerveiller ?

Le canal de Berry : entre chemins d’eau et ballets d’oiseaux

  • Distance : 21 km accessibles entre Bourges et Mehun-sur-Yèvre
  • Espèces phares : hérons cendrés, martin-pêcheurs, libellules, moineaux domestiques ou peupliers noirs
  • Points d’intérêt naturels :
    • La réserve de l’Île de la Motte, petit paradis pour les batraciens au printemps
    • Les prairies humides du Val d’Yèvre, terrain idéal pour apercevoir chevreuils aux heures fraîches

Au fil de l’eau, le cycliste attentif note la richesse des petits systèmes aquatiques. Le canal de Berry, lancé sous Napoléon mais réhabilité ces quinze dernières années, attire plus de 40 espèces de libellules et demoiselles selon le Syndicat Mixte du Canal de Berry². La fuligule morillon, petit canard plongeur, y a été aperçue lors de recensements ornithologiques de 2022.

² Source : Canal de Berry

Forêt d’Allogny : un inventaire grandeur nature

  • Parcours : Boucle cyclable balisée de 32 km depuis Saint-Martin-d’Auxigny
  • Flore remarquable : chênes bicentenaires, fougères aigle, sorbiers des oiseleurs
  • Faune discrète : martres, pic épeiche, salamandre tachetée (espèce protégée au niveau régional³)

La forêt d’Allogny est un morceau de Sologne, riche en clairières sauvages et en mares temporaires. Selon l’Office National des Forêts, la zone abrite plus de 200 espèces de champignons identifiées lors des dernières sorties mycologiques. D’avril à juin, le chant du rossignol résonne à l’aube, rivalisant avec le concert des grenouilles.

³ Source : Parc Naturel Régional de Sologne

Le bocage viticole de Menetou-Salon

  • Parcours : Voie partagée de 12 km de Menetou à Parassy
  • Oiseaux emblématiques :
    • Alouette des champs
    • Busard Saint-Martin (espèce menacée en France, mais présente sur les terres céréalières du Cher selon la LPO⁴)
  • Étonnants voisins : lapins de garenne, hérissons, papillons azurés
  • Floraison printanière : orchis pyramidaux, sainfoins, coquelicots

À la croisée de vignes et haies anciennes, ce secteur rappelle que l’agriculture traditionnelle façonne le paysage et favorise de précieuses corridors pour la petite faune – à condition de planter l’œil, le matin ou au crépuscule, sur les murets de pierre ou les talus fleuris.

⁴ Source : Ligue pour la Protection des Oiseaux Centre-Val de Loire

Esprit d’observation : conseils de naturalistes à vélo

Observer animaux et plantes demande un minimum de préparatifs, mais aussi une posture d’explorateur : silencieux, attentif, modeste. Voici quelques recommandations concrètes pour transformer vos sorties vélo en safaris solognots :

  • Privilégier les heures calmes : entre 6h et 9h ou après 18h, la faune n’a pas encore fui le bruit.
  • Emporter une paire de jumelles compacte ; il existe des modèles de 300g parfaits pour le guidon.
  • Porter des vêtements discrets – le bleu clair et le kaki passent bien ; les couleurs vives alertent les chevreuils.
  • S’arrêter 10 minutes sans bouger à proximité de lisières, haies, mares, sentiers secondaires… c’est souvent là que l’on croise une bécasse ou que l’on surprend le vol d’une chevêche d’Athéna.
  • Emporter un guide de terrain dédié à la flore locale ou utiliser l’application iNaturalist (reconnue pour ses fiabilités dans le recensement citoyen).
  • Ne jamais nourrir les animaux sauvages – cela déséquilibre les populations locales et modifie leur comportement.

Pour qui veut se faire l’oreille, la LPO propose chaque printemps des balades d’écoute à vélo sur le Val d’Auron ou les digues de Cuffy, ouvertes à tous (voir leur calendrier).

Des rencontres inattendues au fil des saisons

Printemps : promesses et éclosions

  • Floraisons précoces : anémones sylvie, primevères, narcisses : sur les talus le long des digues du Cher.
  • Migrateurs de retour : milans noirs, coucous, hirondelles rustiques. Les premiers passages sont notés autour du 15 mars selon le groupe local Ornitho Cher.

Été : la vie foisonne autour de l’eau

  • Rassemblements de libellules bleuets sur les fossés du canal de Berry : jusqu’à 150 individus recensés en juillet 2023 lors d’un inventaire ADEN43.
  • Chauves-souris pipistrelles volant à la nuit tombée, à la sortie de la forêt d’Allogny.

Automne : when the wild things bloom (and roam)

  • Champignons : près de 90 espèces comestibles signalées dans le Berry nord sur le site MycoBerry (dont girolles, cèpes mais aussi nombreux bolets)
  • Brame du cerf : la forêt d’Allogny accueille une population de près de 50 cervidés selon l’ONF ; mieux vaut respecter les zones de silence signalées !

Hiver : la nature en pause mais pas endormie

  • Groupes de grives musiciennes dans les vergers abandonnés près de Plaimpied-Givaudins.
  • Empreintes révélatrices sur les sentiers boueux : lapins, blaireaux, martres traquent les derniers fruits tombés. Selon le Collectif Cher – Biodiversité, cette activité nocturne est parfois visible tôt le matin sur environ un trajet cyclable sur quatre autour de Bourges.

Respecter, comprendre… et engager la conversation

La “nature” ne s’arrête pas au bord de l’asphalte. Les collectivités locales travaillent à étoffer ces corridors verts – la Communauté d’Agglomération Bourges Plus a acquis 72 hectares de zones humides sur 10 ans (Rapport 2023) pour préserver cette interface riche entre ville et sauvage. Plus de 1 000 nichoirs à mésanges ont été installés sur le linéaire cyclable du Cher, souvent par des scolaires engagés dans des programmes éco-citoyens.

Quelques gestes simples rappellent à chacun que l’observateur est aussi un acteur :

  1. Soutenir les mairies qui installent des « prairies fleuries » le long des pistes, précieuses pour pollinisateurs (abeilles sauvages, osmies, syrphes).
  2. Participer aux opérations de science participative comme Vigie-Nature (Muséum National d’Histoire Naturelle) : le suivi du paon-du-jour, du bourdon terrestre ou des plantes rudérales y est proposé à tous les cyclistes et marcheurs.
  3. Partager ses observations sur des plateformes citoyennes comme Faune-France.

Et si on roulait différemment ?

Prendre le temps d’observer, c’est aussi ralentir, aborder différemment sa balade. Près de 8 000 cyclistes empruntent chaque année la voie verte du canal de Berry selon les chiffres 2023 du Conseil départemental (contre 2 300 en 2017). L’émergence d’une nouvelle communauté de regards traqueurs – appareils photos autour du cou et sacoches légères pleines de guides – crée des liens nouveaux, entre passionnés d’ornithologie, amoureux des orchidées ou simples promeneurs curieux.

Le Berry n’est pas un territoire sauvage aux confins du monde. Il est d’abord un lieu vivant et fragile, qu’on peut apprendre à voir, à écouter, à respecter — et à raconter, aussi, au fil de ses découvertes sur deux roues.

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